Biographie Magana

Jean Louis Magana est un autodidacte. Il fait partie de ces artistes qui créent par nécéssité. « Un vrai autodidacte (…) n’a pas de racines ». Le but de la création, pour un autodidacte, est dans un premier temps de trouver une identité. Mais la fonction artistique ne se limite pas à cela. Comprenons le via l’histoire de l’artiste.

Des années 1950 – 1970

C’est l’histoire d’un artiste qui, grâce à son expérience, a su se trouver dans son art, afin de mieux trouver les Autres, l’Humanité. Jean-Louis Magana naît en 1950 dans un pays en pleine crise identitaire, l’Algérie. A la fin des années 50, son père, atteint d’une grave maladie, est hospitalisé en France, près de Paris.
C’est ainsi que le jeune artiste commence à voyager entre l’Algérie et la France : la valise devient pour lui le symbole des retrouvailles avec son père. En 1962, suite à l’indépendance de l’Algérie, Magana, à l’âge de 12 ans, rentre en métropole avec sa mère et ses frères et soeurs. Quelques mois plus tard, son père décède. Cett période, assez perturbante pour le jeune déraciné, a déclenché la destinée de l’artiste en devenir : obsédé par la symbolique des valises, Magana en a fait oeuvre. Le début de sa vie n’a pas été des plus faciles : après la mort de son père, il entre dans un grand orphelinat de France (Orphelinat d’Auteuil). Malgré la tentative de faire de lui un menuisier ébéniste, il se faisait jour en lui l’instinct de trouver son identité à travers le dessin et la sculpture, moyens simples pour lui de s’exprimer.

Des années 1970 – 2000

Suite à diverses rencontres (dont Lacan et Vasarely) et diverses formations, Magana commence à tracer son chemin artistique. Fidèle à sa façon autodidacte de se construire, il utilise son expérience et sa mémoire pour créer : les valises, symbole dans sa jeunesse, ressurgissent alors dans ses Dessins Sculptures, sous diverses formes (dessins, peintures, installations, sculptures, etc.) En découpant les valises, il arrive à une forme de croix qui ne lui laisse que constater que « tout voyageur porte sa propre croix. »
« Après les avoir déchirées, ouvertes, mises à plat, ma surprise fut grande de constater qu’à la base elles formaient une croix. » L’artiste comprend donc qu’il n’échappera jamais à son enfance.
Un grand travail sur l’espace commence : à partir du croisement des valises, l’artiste découvre l’horizontale, la verticale, puis se met à dessiner sur des feuilles de papier milimétrés (Séries de carnets – 1996-1998) des sortes de puzzles en formes de croix qui s’entrelacent. De là sont nés les premiers dessins mi-croix mi-valise à l’état le plus épuré, le tout étant multiplié à l’infini dans l’espace. Fasciné par les enchevêtrements subtils qu’Escher représentait dans ses gravures (combinaisons où des jeux d’ombre et de lumière transforment graduellement des poissons dans l’eau en oiseaux dans le ciel et vice-versa), il se questionne sur l’idée du dessin et de l’espace et explore davantage ce début de puzzle, tout en mêlant son travail à sa passion pour la musique répétitive (Phil Glass, Terry Riley), classique (Bach) et contemporaine (Arvo Pärt).

A partir de 2000

En 2000, Magana réalise un projet pour le passage au troisième millénaire, une installation de 201 valises intitulée « mise en abîme ».
En 2002-2003, il éxécute également plusieurs tableaux sur le thème des valises : celles-ci sont appliquées directement sur la toile.
Tout ce travail artistique, qui a pris racine dans les valises, permet à l’artiste de créer sa propre identité. Mais un triste jour, celui du 11 septembre 2001, change la démarche artistique de Magana. Le choc terrible lui fait prendre conscience d’une mission que se doit de remplir l’artiste, celui qui aime l’Homme, la Nature, les Autres.
« Un artiste ne peut pas rester impuissant à ce qui se passe dans le monde, il ne peut pas rester nombriliste, il ne peut pas uniquement vouloir marquer sa trace personnelle. » Magana fait donc une coupure avec son histoire personnelle. Il décide de quitter la nostalgie pour quelque chose qui va de l’avant. « Il y a quelque chose à faire dans ce monde. » C’est alors que l’artiste oriente son travail dans la dénonciation, le plus simplement possible, afin de s’exprimer avec son savoir-faire. « Quand je prends conscience de ce qui se passe dans le monde, je pense aux êtres humains. » Penser aux êtres humains, c’est traduire le mot Humanité et représenter l’Etre Humain dans toutes ses problématiques. Il adapte dans ce sens son travail des valises répétées à l’infini, créant des puzzles. Il prend conscience dans cette trame d’une évidence : la présence de l’humain. Son histoire personnelle « qui était celle des valises de l’émigré, celles où les valises devaient être des croix que l’on porte » devient l’Histoire dans laquelle « l’Homme est à la croisée des valises. »

La naissance de YOU-ME

Son expérience dans l’atelier Arcail dans les années 80, en tant que sérigraphe pour la Galerie Denise René, sur la fameuse série des « Végas » influence son goût pour les éléments géométriques répétitifs (déformation de lignes, cercles et carrés à l’infini). A partir d’éléments géométriques simples : le cercle, le carré et les croisements de lignes, l’artiste aboutit à une configuration anthropomorphique, forme géométriquement parfaite. Deux unités mise en relation sont conçues : la première, appelée You (toi, pour le féminin) la tête vers le ciel et la seconde, Me (moi, pour le masculin) la tête vers la terre, les deux étant réunis tête-bêches. En se basant sur les premiers puzzles créés à partir des valises, il multiplie les deux unités conçues afin de créer une trame humaine à l’infini qu’il nomme Us (nous).
« Toi, Moi, nous, us, unis et réunis, l’humanité. L’humanité au-delà des étoiles, étoiles que nous sommes tous depuis la nuit des temps. »
portrait Magana
© Vincent Paillez • Youme • Jean-Louis Magana